La Terreur

Chronologie des évènements

- Au commencement de la période révolutionnaire, la commune de Maniquerville est administrée par une municipalité qui, soucieuse de maintenir l'ordre paraît ne rien innover sur l'ancien état de choses. Le premier maire est Jacques Lambert, le curé Pierre Obrenan qui continue à signer les actes de l'état civil jusqu'au 12 octobre 1792, reste dans la commune.

- Jusqu'à l'été 1792, la municipalité ne cherche qu'à éviter toute immixtion de la commune de Fécamp sur son territoire, mais dans la nuit du 8 octobre 1792, l'église est entièrement pillée. L'insécurité croit alors à un point tel qu'il devient nécessaire d'avoir recours à la municipalité de Fécamp.

- Des organisations révolutionnaires, instituées auprès des municipalités, viennent apporter le trouble dans la vie des communes rurales et y faire fleurir la peur qui engendre la délation et les pires lâchetés. Un comité de surveillance est créé le 20 octobre 1792 à Maniquerville, c'est un véritable comité révolutionnaire qui doit contrôler tous les actes de la municipalité, son premier président est Louis Gille.
Le comité ne tarde pas à entrer en lutte ouverte avec le curé, dans sa séance du 15 pluviôse an II, il défend au nom de la loi à monsieur Obrenan d'abattre aucun arbre, ni haie. Immédiatement après cette injonction il fait un constat établissant qu'il a trouvé un délit commis par le citoyen Obrenan sur le fossé de la clôture du jardin presbytéral de 6 à 7 têtes d'ormes abattues.
Le curé, ému de cette hostilité, croit alors nécessaire de donner des gages éclatant de civisme susceptible de lui éviter toute persécution. Le 21 pluviôse, le comité s'assemble pour prendre acte de la déclaration d'Obrenan à haute voix en présence de 2 officiers municipaux et toute la commune, qu'il ne dirait plus la messe et qu'il n'était plus curé de Maniquerville.
Evidemment, toute la commune ne partageait pas les idées révolutionnaires du comité, ainsi que celui-ci se plaisait à le proclamer, car quelques jours plus tard, l'arbre de la liberté planté dans le cimetière est coupé. Le comité se réunit au plus vite pour découvrir le traite capable d'un pareil fait, mais sans y parvenir. Il se retourne alors contre le curé et le 1er ventôse fait réquisition à la municipalité d'appliquer la loi en vigueur.
Le curé de plus en plus effrayé par les agissements et par les excitations du comité, cherche à se prémunir contre son hostilité, il décide alors de s'affilier à la société populaire qui se constitue à Gerville et qui prend le nom de sans-culotte de la Manche, club des plus avancés, destiné à surveiller non seulement la municipalité mais aussi le comité de surveillance considéré comme trop tiède. Lors de la première séance de la société, Obrenan annonce solennellement indigné de l'attentat commis à Maniquerville contre l'arbre de la liberté, il se démettait de ses fonctions de prêtre et remettait ses lettres de prêtrise. Cependant la fin de son discours laisse percer le mobile véritable auquel il obéissait, en indiquant que la municipalité de Maniquerville lui avait demandé de vider sa maison dans les plus brefs délais. La société populaire de Gerville ne peut alors pas refuser le secours à celui qui vient ainsi de renier tout son passé. Elle décide de dénoncer auprès du représentant du peuple Siblot stationné au Havre, l'esprit qui anime la commune de Maniquerville.
Le comité de surveillance de Maniquerville qui craint d'être suspecté de modérantisme par le club révolutionnaire voisin, va multiplier les gages de civisme. Il plante ainsi un arbre de l'égalité et fait des proclamations de vive la république! Il continue aussi d'attaquer le curé en l'obligeant le 12 ventôse de retirer la croix qui est sur son jardin.
La société populaire de Gerville, qui à la suite de sa dénonciation à reçu du représentant Siblot les pouvoirs nécessaires pour épurer les autorités constitués de Maniquerville, poursuit le 17 ventôse son offensive en demandant la déposition du maire Lambert accusé entre autre d'avoir fanatisé toute la commune. La société vote de même la demande de déposition de plusieurs membres du conseil général accusés d'être des complices du maire, ainsi que plusieurs membres du comité de surveillance de Maniquerville.
Le 3 germinal, Obrenan prononce un discours des plus patriotiques qui le porte à la présidence de la société populaire de Gerville. Il se croit alors à l'abri de toute persécution de la part du comité de Maniquerville qui va incessamment être épuré sur ses propositions. Il est bien loin d'en être ainsi, car le comité a reçu comme tous ceux de la région, une circulaire du 1er germinal qui déclare suspect tous les citoyens qui n'ont pas un certificat de civisme. Le 11 germinal, le comité s'assemble pour recevoir le témoignage des citoyens qui ont été assigné pour désigner les individus soupçonnés d'incivisme. Presque tous les témoins entendus s'accordent pour accuser Obrenan de modérantisme, seule accusation susceptible de la perdre à cette époque. Toutes dépositions entendues, le comité dans sa séance du 12 germinal déclare qu'Obrenan est prévenu d'avoir tenu des propos les plus inciviques tendant à l'avilissement de la représentation nationale et qu'il serait mis en accusation et traduit devant les tribunaux compétents.
Grand émoi à la société de Gerville lorsqu'elle apprend cette offensive brusquée contre son président, offensive qui est susceptible de la mettre en mauvaise posture. La société décide alors d'intervenir auprès du représentant Siblot pour dévoiler l'infâme conduite du comité de Maniquerville ainsi que celle d'Obrenan depuis la révolution. La société fait tous ses efforts pour sauver Obrenan, le 30 prairial, elle s'adresse directement au tribunal révolutionnaire et il semble que le 9 thermidor dut sauver l'ex-curé Brenan, mais celui-ci ne reparut plus à Maniquerville.
Le terrorisme continue cependant à régner dans la contrée et la société populaire de Gerville à l'y représenter, elle met en exécution l'ordre donné par le représentant du peuple Sautereau de désigner les citoyens jugés capables par leur civisme à remplacer les places vacantes dans les conseils municipaux généraux de maniquerville, Gerville, Auberville... Pour Maniquerville, la société désigne le 12 vendémiaire an III, François Lemaître pour succéder à la mairie à Jacques Lambert.
En fructidor, le conseil de surveillance de Maniquerville disparaît et la dernière séance de la société populaire de Gerville se tient le 10 frimaire. En prairial Jacques Lambert reprend sa place à la mairie, la période révolutionnaire à définitivement pris fin.

- La longue lutte qui s'est poursuivie entre les autorités de Maniquerville et le club des sans culotte de Gerville n'a pas cependant absorbé toute l'activité du conseil général de Maniquerville. Les questions relatives à l'approvisionnement alimentaire des halles de Fécamp lui ont apporté leur part de préoccupations. Les communes rurales sont alors mises en demeure de fournir des quintaux de blé, pour l'an II, Maniquerville est taxée pour 22 quintaux de blé.

- Pendant cette même période, les domaines que possédaient à Maniquerville le trésor de Saint Martin, les Thiboutot et les Cuverville (Gros propriétaires terriens) sont vendus comme biens nationaux.
Une première vente faite en pluviôse an II concerne les biens de l'église : le presbytère et les terres attenantes.
Une deuxième vente en thermidor an II concerne une ferme de 14 âcres ayant appartenue aux Thiboutot et une grande ferme de 120 acres ayant appartenue aux Cuverville qui est divisée en 3 lots.
Une troisième vente en pluviôse an II, concerne la grande ferme de 70 acres du domaine de Thiboutot qui est divisée en 4 lots.

 


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